EMBARGO:
POUR TOUS LES MEDIAS JUSQU’AU 14 DÉCEMBRE 2007
“
Unis, unies dans notre Diversité ”
Présentation
de l’Église Unie du Canada au Québec
à
la
Commission
de Consultation sur les pratiques d’accommodement
reliées
aux différences culturelles
Novembre
2007
UNI-ES
dans
notre diversité
Une
église protestante profondément enracinée dans la société
québécoise.
L’Église
Unie du Canada a de profondes racines dans la société québécoise. Bien qu’elle
soit l’église protestante ayant le plus de membres au Canada, ses racines
dénominationnelles ont existé au Québec pendant des siècles en tant que minorité
religieuse. Au fil de son évolution, elle a choisi une route œcuménique,
interreligieuse et inter-spirituelle; elle croit profondément, défend et
pratique l’égalité des sexes, l’égalité des gais, lesbiennes et bisexuels ainsi
que les droits humains, aussi bien dans l’Église que dans la société.
L’Église
Unie du Canada a été créée par l’union de trois dénominations protestantes dans
une vision de paix et de justice après le carnage de la première guerre
mondiale. Depuis sa fondation, notre Église a favorisé le pluralisme
théologique, la diversité culturelle et spirituelle, le respect et l’acceptation
des différences. Nous croyons que la diversité nous enrichit; nous croyons
également que des cultures, des origines ethniques et des spiritualités diverses
enrichissent la société québécoise.
Une église formée de
minorités
L’Église
Unie, au Québec est une communauté religieuse composée de minorités. Parmi nos
diverses communautés, on trouve des autochtones des Premières Nations, premiers
habitants de notre pays et, pour leur malheur, les hôtes les plus généreux et
«accommodants» que ce pays n’aie jamais eu. Nous avons une lourde dette à leur
égard. Depuis une trentaine d’années, nous essayons de nous rapprocher des
autochtones. Nous leur avons présenté des Excuses officielles en 1986, nous les
avons accompagnés pendant et après la crise d’Oka, nous nous efforçons de
trouver de nouvelles façons d’être ensemble en « justes
relations ».
Nous
sommes des Franco-Protestants dont les communautés étaient déjà présentes au
moment de la fondation de Québec. Pierre Dugua deMons, premier gouverneur de la
ville de Québec, était un huguenot, comme bien d’autres éminents colons. Tout au
long de l’histoire du Québec, la présence et l’influence des protestants
francophones ont été oblitérées de nos mémoires collectives, en même temps que
celle d’autres groupes minoritaires comme les Autochtones, les Noirs et les
Juifs. Des membres de ces minorités, et d’autres encore, étaient présents parmi
les Patriotes, les défenseurs des droits humains aussi bien que parmi les
avocats et les activistes qui ont bâti notre société civile. Ils n’étaient pas
dominés par leur appartenance religieuse et défendaient l’égalité des droits
pour tous et toutes.
Comme
franco protestants québécois, nous avons l’expérience historique d’être
doublement minoritaires et nous en avons acquis la résilience. Nous sommes
protestants dans un contexte majoritairement catholique qui noua a souvent
marginalisé et francophones dans une église anglophone. Nous avons résisté à
l’assimilation linguistique, en particulier celle due au système scolaire
confessionnel. Faut-il rappeler que les franco protestants ont soutenu et
travaillé à la révolution tranquille, à la sécularisation des institutions
publiques et au processus général de sécularisation du Québec, ceci dans le
souhait de dégager l’espace public commun afin d’en assurer également l’accès à
chacun.
Nous
sommes des Anglophones Protestants,
ayant particulièrement des églises et des communautés dans la région
montréalaise ainsi que beaucoup de petites communautés à travers tout le Québec,
de l’Outaouais à la Gaspésie, de Lacolle à Rouyn-Noranda.
Nous
sommes des Protestants Autochtones
au sein des communautés historiques des premières nations, dont la foi est vécue
enracinée dans la culture, l’histoire et la spiritualité unique de nos
Peuples
Nous sommes des Protestants des minorités culturelles et linguistiques comprenant
des Arméniens, Coréens, Japonais, Philippins, Hispanophones, Hongrois, Italiens,
Ourdous et Suisses germanophones.
Comme
Église, nous collaborons avec nos frères et sœurs francophones de l’Église Unie
du Canada au Québec et nous nous efforçons aussi de soutenir des ministères en
français dans les paroisses et dans nos ministères communautaires. Nous
participons tous à l’héritage religieux, tradition vivante du Québec. Une partie
d’entre nous est récemment arrivée au Canada alors que d’autres sont établis ici
depuis de nombreuses générations.
Nous
nous efforçons d’être une Église
chrétienne socialement
progressiste, qui reconnaît la pleine égalité des sexes, nous ordonnons des
femmes depuis 71 ans (à partir de 1936). Nous pensons que l’égalité des sexes
est parfaitement compatible avec la liberté religieuse. L’égalité des femmes est
une valeur de base dans notre Église, qui sous-tend nos conceptions du monde,
notre théologie et notre ecclésiologie. Nous acceptons comme membres à part
entière les gais, les lesbiennes et les bisexuels; nous ne considérons pas que
l’orientation et l’identité sexuelles soient des obstacles quelconques à un
emploi, ni à l’ordination dans l’Église. Nous célébrons des mariages pour des
personnes qui ont été divorcées et également entre personnes de même sexe et de
religions différentes. Il nous a fallu de nombreuses d’années pour développer
les principes théologiques et la pratique de ces actes. Nous avons dû lutter
avec notre propre tradition et aussi avec ce que notre Église était appelée à
devenir pour être présente à la société et au monde
d’aujourd’hui.
En
entrant en relation avec d’autres religions, notre Église a progressé et grandi.
Dans les Excuses officielles (1986) que nous avons présentées aux premières
nations de notre Église, nous avons reconnu que « dans notre zèle à vous
transmettre la bonne nouvelle de Jésus-Christ, nous n’avons pas reconnu la
valeur de votre spiritualité » Au cours des 20 années qui ont suivi ces
Excuses, nous avons commencé à travailler ensemble pour guérir les blessures
causées par nos erreurs et pour rechercher une justice réparatrice. D’autre
part, nous nous efforçons d’approfondir nos relations avec les autres religions.
De plus, des groupes de travail comme entre Juifs et Chrétiens et Musulmans et
Chrétiens, font parties intégrantes de notre travail de discernement, d’écoute
et de notre transformation.
En
2007, l’adoption du document « Une vision transformatrice pour l’Église
Unie » a exprimé notre désir et notre engagement à devenir une Église
interculturelle accueillante qui inclut la diversité culturelle et ethnique de
notre société laquelle évolue vers un inter culturalisme original. C’est une
démarche continue qui nous transforme au cours de rencontres et de partage
interreligieux et interculturels
2.
le contexte québécois.
Nous
sentons que notre société vit une période de grande transition et d’incertitude.
S’il y a des signes de confiance tournés vers l’avenir et l’ouverture, il y a
aussi des signes de peur, peur de nous-mêmes comme individus et société et pour
le monde en général. Beaucoup semblent déstabilisés par la rapidité et les
effets des changements climatiques. Il y a aussi les conflits en Irak et en
Afghanistan. Nous sommes profondément concernés par la lutte contre le
terrorisme. La peur de l’Islam et des « autres » parmi nous semble
augmenter ; peur qui est en général nourrie d’ignorance et de stéréotypes
propagés par le sensationnalisme de certains médias et des cercles politiques.
La montée du fondamentalisme au sein de toutes les religions nous inquiète comme
Église et comme société, attise notre incertitude et paraissent menacer les
droits humains durement gagnés qui sous-tendent notre société. Il y a aussi les
changements majeurs de notre économie et les effets de la globalisation font
diminuer abruptement le travail de manufacture. Pour assurer le bien-être de
tous : immigrant-es et Québécois et Québécoises, il faut pouvoir offrir à
tous et toutes un travail qui fait sens. Un cinquième de la population vit dans
la pauvreté au sein d’une société atteinte de consommation galopante! Notre
province a un très haut taux de suicide, dû à un état négligé de désespoir
social.
Nous
pensons qu’un dialogue sur l’interrelation entre la religion et la culture dans
la société québécoise arrive très opportunément. Nous savons cependant que le
climat actuel de peur et d’incertitude doit, au cours de nos délibérations, être
constamment pris en compte, précisément, afin de ne pas y
succomber.
Chaque
société pose la question de la diversité culturelle et de l’intégration de
manière qui lui est propre, en fonction de son histoire, de ses forces et de ses
vulnérabilités, de ses expériences comme société d’accueil et de sa vision de
l’avenir.
Nous
sommes conscients qu’au Québec la question de la diversité culturelle et de
l’intégration a de profondes résonances dans le fait du statut minoritaire du
Français au Canada et dans le continent Nord Américain. Ainsi, au Canada
Anglais, – même en tenant compte des indéniables diversités culturelles
régionales –, la langue de la majorité n’est jamais menacée par
l’intégration des autres cultures et ne provoque pas de résistance contre elle.
Alors qu’au Québec, la persistance du Français est le résultat d’une lutte
volontaire multi centenaire, son affirmation un défi sans cesse à reprendre face
à des résistances et son développement et sa promotion un enjeu toujours
incertain et à contre-courant du continent. Il n’est pas surprenant que les
questions de diversité culturelles et d’intégration posent des questions
profondes identitaires comme société d’accueil à la fois ouverte et cherchant
aussi sa cohésion.
3.
UNE SOCIÉTÉ CIVILE ET UNE CULTURE PUBLIQUE COMMUNE
Nous
sommes sans équivoque pour le développement d’une société civile favorisant une
culture publique commune; où, en particulier, les institutions de l’État sont
neutres, ne favorisent aucune religion et jouent pleinement leur rôle d’espace
commun, de lieu de rencontre, d’interaction, d’accueil et d’intégration, et,
surtout, d’égalité entre tous les citoyens et citoyennes du Québec. Le rôle de
l’État neutre est de protéger activement et de manière égale tous ses citoyens
et citoyennes, en garantissant égalité des droits et des devoirs, et surtout
égalité des chances et d’accès aux biens sociaux, culturels et civiques de notre
société Québécoise ( justice, éducation, santé, logement, travail, culture,
droit d’association, d’opinion et de religion, de participation démocratique à
la vie des institutions et du pays, pour n’en nommer que les principales ).
Le
«Nous» citoyen
Dans
le cadre de cette culture publique commune, le «nous», est un « nous
citoyen ». Ce «nous» ne saurait exclure aucune personne ni aucun groupe, un
« nous » dynamique, en évolution, en recomposition identitaire, formé
de toutes les composantes de la société Québécoise : Aborigènes (et leurs
droits ancestraux), Québécois de souche, Québécois Anglophones ( et leurs
droits constitutionnels), Québécois issus de l’immigration récente qui ont
choisi de vivre au Québec. Tous et toutes citoyens et citoyennes de plein droit,
à part entière, appelés à construire ensemble une société ouverte, libre et
juste. Cette culture publique commune que l’on doit bâtir tournée vers l’avenir,
assise sur la Charte des Droits et Libertés, est une société dont la langue
commune, contrairement au reste de l’Amérique du Nord, est le Français; langue
française qui doit être partagée, apprise, aimée et protégée – ce qui
demeure un grand défi – et ce, sans détruire les autres langues parlées au
Québec.
Nous
endossons favorablement le modèle interculturel de la société Québécoise qui
évite l’assimilation et l’enfermement dans des ghettos, mais qui trace un modèle
interactif d’échange entre les cultures et les coutumes, ou chacun, nouveaux
arrivés et culture d’accueil, à la fois donne et reçoit, ce qui transforme et
enrichit l’ensemble social, en combinant intégration dynamique et diversité.
Cette
même expérience d’enrichissement mutuel peut se retrouver et se vivre aussi au
niveau religieux de l’interspiritualité. Ainsi récemment, lors de la Conférence
des Nations Unies sur les changements climatiques, cette riche célébration
inter-spirituelle entre des représentants de grandes religions et des membres et
groupes de la société civile, célébré à l’Oratoire St Joseph autour de notre
volonté commune de sauvegarder la Planète. Cette célébration interspirituelle,
intergénérationnelle, inter-culturelle, a réuni des militants et des artistes,
des croyants et des non-croyants, tous portés et animés par des formes diverses
d’engagement et de spiritualité mais par un même amour de la Création. Les
différences étaient visibles, mais ce qui nous était commun et transformateur
l’était encore davantage.
Il
nous faut multiplier les lieux de partage authentiques. Et l’école en est un
tout spécial. Nous reconnaissons, parmi
toutes les institutions favorisant la construction d’une culture publique
commune, que l’école - et l’établissement d’éducation à tous les
niveaux -, est un lieu privilégié d’apprentissage du vivre ensemble, de la
diversité, du respect et de l’acceptation des différences, ainsi que du partage
des valeurs morales et civiques communes. De manière générale, l’Église Unie
s’est réjouie de la décon-fessionnalisation des commissions scolaires et leur
restructuration sur une base linguistique et publique. Comme protestants, nous
avons une longue histoire de la séparation de la religion et de l’état ainsi que
du pluralisme religieux et culturel dans le secteur
scolaire.
En effet, l’ancienne Commission scolaire
protestante du grand Montréal a fonctionné pendant de nombreuses années selon un
modèle déconfessionnalisé, accueillant des élèves provenant de traditions
religieuses fort diverses, dont le Judaïsme et l’Islam en respectant ces
traditions. Dans cette commission scolaire, l’éducation religieuse consistait à
étudier différents textes sacrés et ne cherchait pas à endoctriner les élèves.
Cette politique éducative a permis à différentes expressions religieuses d’être
présentes dans l’école et personne n’en fut diminué pour autant, tout au
contraire !
Nous
affirmons fermement que l’éducation religieuse en lien avec la transmission de
la foi, des croyances et de la pratique religieuse relève de la responsabilité
de la famille et de la communauté de foi et non de l’école et du système
d’éducation.
Nous
n’appuyons pas du tout le retour de l’éducation religieuse confessionnelle dans
le système scolaire. Nous souhaitons instamment que les nouvelles commissions
scolaires linguistiques enseignent aux élèves l’éthique et les principales
cultures religieuses, sans endoctrinement. Nos enfants doivent apprendre à
connaître les principales religions, parce qu’elles sont un héritage humain et
sont souvent à la source des valeurs existantes dans nos sociétés. Nous croyons
que la connaissance et la compréhension sont des étapes nécessaires pour
l’acceptation, le respect et l’appréciation d’autres traditions, d’autres
cultures et leurs valeurs. L’ignorance religieuse et culturelle entraîne souvent
des stéréotypes, la stigmatisation et la xénophobie.
L’école
est le lieu de la transmission des connaissances et du vivre ensemble dans une
société pluraliste et laïque, alors que la famille et l’église (ou la communauté
de foi) est le lieu de la transmission de la foi, des croyances religieuses et
spirituelles qui sous-tendent les valeurs. Au Québec, nous osons espérer que ces
deux lieux, clefs de la formation identitaire, peuvent se rencontrer dans le
renforcement des valeurs communes de respect, d’acceptation et de poursuite du
bien d’autrui, au sein de différences à la fois assumées et
célébrées
La
question de la promotion responsable de la diversité cultuelle et religieuse à
l’école, pose aussi la question de la cohérence au niveau de la conduite du
processus éducatif. Comment conduire une classe où, par exemple, peuvent se
multiplier les jours fériés, les coutumes particulières, les jeûnes religieux et
les restrictions de donner des devoirs aux enfants pendant ces périodes. Comment
à la fois éviter de légiférer ou de laisser chaque enseignant-e se débrouiller.
Il semble que la notion de «contrainte excessive» appliquée au monde du travail
puisse se réfléchir pour le milieu scolaire. Une piste serait de confier aux
commissions scolaires régionales le soin d’articuler collectivement, en
consultation des enseignants, des parents et des élèves, ce que seraient les
balises favorisant à la fois l’expression de la diversité culturelle et
religieuse et la recherche d’une cohérence éducative. Ainsi pourrait se définir
contextuellement, de façon communautaire, pour un temps donné, sans devoir
légiférer, ce qui représenterait et l’expression positive de la diversité
religieuse et les «contraintes excessives» dans ce milieu scolaire. Cet exercice
démocratique pourrait à la fois apporter compréhension et
cohésion.
4.
Valeurs
communes
Nos
valeurs communes sont basées sur les principes qui fondent notre société,
principes consignés dans la « Charte québécoise des droits et libertés de
la personne ». Le travail de la présente Commission nous conduit à examiner
l’interaction complexe des « droits » et des « libertés »,
et ce dans le contexte particulier du rôle de la religion dans notre société.
Les règles qui gèrent notre vie collective sont incluses dans la loi et elles
sont, à la fois, assez générales et assez spécifiques pour nous guider dans nos
délibérations. Une législation supplémentaire ne nous aidera pas à vivre et à
accueillir avec respect et ouverture un large éventail d’idées et de religions.
C’est en écoutant et en dialoguant que nous trouverons l’espace nécessaire à la
liberté de religion ainsi qu’en examinant comment une idéologie religieuse
dominante peut aussi en pratique fermer la porte à la
compréhension.
Nous sommes convaincus que la
spiritualité tient une place importante comme valeur fondamentale dans la
société civile. Nous dirons que la spiritualité est ce qui donne sens à la vie,
ce qui sous-tend éthiquement et moralement notre relation à autrui, ce qui nous
relie à ceux et celles qui nous ont précédé. La spiritualité est une dimension
essentielle dans ce qui nourrit nos aspirations vers l’avenir. Cette
spiritualité peut être vécue dans une foi et une religion déterminée, ou elle
peut être diffuse, provenant d’un ensemble de croyances non définies. Il nous
parait essentiel, pour la santé et le bien-être de la collectivité, de
reconnaître la valeur de la spiritualité comprise dans son sens large. Accepter
cette valeur spirituelle comme fondamentale demande un espace public où, chacun
et chacune, des enfants aux aînés, peut exprimer, partager et questionner ce qui
donne sens et but à sa vie.
L’accueil de
« l’Autre »
L’accueil de
« l’Autre » est un idéal vers lequel l’Église Unie du Canada s’efforce
de tendre depuis les 82 dernières années. En 1925, les trois dénominations
fondatrices ont ressenti le besoin de délaisser leur identité respective pour
s’unir. Dans les décennies qui ont suivi, cet accueil s’est élargi pour inclure
les immigrant-es arrivant d’Europe à la recherche d’un endroit plus sécuritaire
et d’une vie meilleure. Ils et elles ont trouvé une porte et un cœur ouverts
dans les missions urbaines de l’Église Unie, où des programmes d’éducation, de
santé et de services sociaux ont facilité leur intégration. Dans les trente
dernières années, le travail d’accueil auprès des personnes immigrantes et des
réfugiées s’est intensifié. Les ministères communautaires et les paroisses se
sont impliqués en faveur des droits humains et de la solidarité internationale
et dans des coalitions œcuméniques. Cela a inclus des actions de plaidoyer
auprès du gouvernement pour un système plus juste pour les demandeurs d’asile,
la réunification des familles, ainsi que le développement de programmes de
parrainage de réfugié-es. Certaines paroisses, par motif de foi et de
conscience, ont trouvé le courage d’ offrir un sanctuaire à des hommes, des
femmes et des enfants dont la vie aurait été mis en danger en cas de déportation
dans leur pays d’origine.
Comme Église,
nous sommes conscients de l’ethnocentrisme, de la xénophobie et du racisme qui
sévit à l’intérieur même de notre propre maison et de nos propres cœurs. Pour
cette raison, nous faisons une réflexion et une analyse critique sur une base
régulière. Nous portons ce travail d’éducation et d’implication sociale comme
une expression intégrale de notre engagement dans l’évangile de justice de
Jésus-Christ. Cet évangile nous appelle tous les jours à créer une société plus
juste et plus bienveillante pour tous ses membres, sans
exception.
La richesse du
contact privilégié avec les personnes qui arrivent nous fait découvrir
qu’au-delà de nos apparentes différences, les valeurs qu’ils et elles apportent
dans leur bagage nous sont très souvent communes comme Famille humaine. Ces
valeurs peuvent aussi souvent s’exprimer de manières diverses mais aussi
semblables. La peur de l’ « autre » et les jugements qu’elle fait
naître, trop souvent nous aveuglent et nous empêchent de constater que nous
partageons, comme Famille humaine, des aspirations fondamentales (l’amour de nos
enfants, le besoin de compréhension, de respect, de travail…)
À la Mission
communautaire de Montréal, un de nos ministères communautaires, les personnes
réfugiées sont accueillies, hébergées et supportées dans leurs démarches
d’intégration à la société québécoise. Nous nous faisons une joie de souligner
les différentes fêtes religieuses de personnes résidentes de confessionnalités
diverses. Que ce soit la Norouz (fête iranienne), la Holî (fête indienne), le
Ramadan (souligné par une journée de jeûne à la résidence, suivi d’un repas
communautaire au coucher du soleil), ou encore la fête de Noël, tous sont d’avis
que la connaissance de la spiritualité de l’ « autre » nous
enrichi, nous uni et nous fortifie. Prendre conscience des croyances de l’autre
nous fait également réfléchir plus profondément au mystère de notre âme.
Comme Église et
comme personnes, nous avons découvert que travailler auprès des personnes
réfugiées et immigrantes est un immense privilège pour nous, un privilège qui
nous offre plusieurs opportunités de vivre «des accommodements heureux» !
Beaucoup plus que les dons que nous avons à offrir, il y a les dons que nous
recevons, des dons de courage exceptionnel, de force dans l’adversité, de
solidarité, de générosité et de spiritualité authentique. Le contact quotidien
avec ces hommes, ces femmes et ces enfants donne du sens à nos valeurs de
respect, d’amour du prochain, d’acceptation et de célébration des différences.
Ce sont ces valeurs qui font et feront de notre Québec une société plus humaine
et fière de son visage aux multiples couleurs et saveurs. Nous croyons fermement
que la diversité culturelle et ethnique fortifie ce grand « nous
citoyen ».
Sur une note plus triste, nous
avons été choqués et très alarmés par des commentaires racistes et xénophobes
exprimés par quelques-uns et quelques-unes de nos concitoyens et concitoyennes
pendant les consultations publiques de cette Commission. Nos frères et sœurs
Juifs et Musulmans ont particulièrement soufferts de cette situation. La forme
la plus grave de discrimination s’attache aux femmes Musulmanes dont le foulard
en fait des cibles faciles. Constamment sur la défensive et forcées de justifier
leur choix personnel, ces femmes sont présentées comme des caricatures de
« femmes victimes d’oppression », incapables ni de rien décider ni de
se défendre elles-mêmes. Quelle ironie que dans une société admirée
internationalement pour ses positions féministes progressistes, nous recyclions
le paternalisme d’un temps révolu en prétendant savoir comment devrait vivre ce
nouveau groupe de femmes. Nous retenons aussi l’image de femmes fières et
éloquentes, souvent porte-parole de leur communauté et actives parmi nous. Nous
exprimons notre soutien à nos sœurs Musulmanes et admirons leur courage face à
des expressions injustes d’hostilité. Nous nous solidarisons avec les femmes
musulmanes et celles de toutes les religions qui travaillent à l’égalité et les
droits des femmes. Nous nous engageons à continuer de cheminer avec tous nos
concitoyens et concitoyennes vers un Québec plus ouvert, plus inclusif, où les
droits de la démocratie sont respectés et ou le dialogue interculturel nous
amène plus loin ensemble pour bâtir l’avenir.
Nous
estimons que chaque groupe religieux doit être tenu responsable de respecter les
valeurs et les droits de la Charte des droits et libertés au Québec. La notion
de « liberté de religion » ne doit pas servir d’échappatoire à aucune
institution religieuse face à l’obligation et à la responsabilité de respecter
et d’intégrer les valeurs communes de la société québécoise dans le cadre des
croyances et des pratiques de leur communauté de foi.
L’obtention
et l’application du droit des femmes à l’équité, comme valeur reconnue et
inscrite dans la loi, a donné lieu à de longues et solides luttes dans la
société québécoise tout comme dans notre église. Il appartient à chaque groupe
religieux de se tenir responsable de respecter ces principes et de s’engager à
examiner comment leur foi peut s’engager à réaliser l’égalité des sexes et à
valoriser les talents féminins au sein de leur propre tradition. L’Église Unie
du Canada ordonne des femmes depuis 71 ans. Il a cependant fallu dix ans de
discussions pour y arriver et la complète égalité des sexes au sein de notre
institution et dans nos paroisses n’est pas toujours complètement atteinte. De
façon similaire, après des luttes ardues, le droit de vote des femmes au Québec
a été légalisé, il y a 60 ans. Pourtant l’égalité entre hommes et femmes dans
les milieux de travail n’est pas encore réelle; la reconnaissance de la
contribution des femmes dans des postes décisionnels traîne; une représentation
équitable des deux sexes à tous les niveaux de postes gouvernementaux se fait
attendre. Les droits des femmes sont des droits indéniables dans notre société
Québécoise; toutes les cultures et toutes les religions au Québec se doivent de
les respecter et de s’engager au dialogue et à l’éducation de leurs membres et
adhérents pour ces droits soient honorés. Cela prendra du temps et de la
patience.
La
montée du fondamentalisme dans toutes les religions, y compris au sein du
Christianisme, menace de renverser les droits légaux des femmes si durement
acquis. Nous notons que bien des gens expriment plus facilement leur inquiétude
du refus des droits des femmes en discutant du port du voile par une minorité de
femmes musulmanes qu’en s’interrogeant sur le refus tenace de la religion
majoritaire du Québec d’accorder aux femmes l’égalité du droit d’exercer leur
vocation et de participer à la prise de décision à tous les niveaux et d’obtenir
des conditions d’emploi égalitaires. Un tel usage de la « liberté de
religion » influence quotidiennement la vie de nombreuses femmes
québécoises.
Nous
pensons important de tous nous engager dans une autocritique de nos propres
institutions et pratiques religieuses, car elles ont un effet sur la société
civile. D’une part, c’est souvent d’une base spirituelle et religieuse que de
nombreuses valeurs de justice, de partage, d’accueil sont venues à faire partie
de la société civile du Québec. D’autre part, il faut aussi reconnaître que
c’est également d’une base religieuse que se sont nourries des voix d’opposition
à l’égalité des femmes, à leur accès à tous les postes,dans la société comme
dans l’Église et les institutions religieuses, entravant le bien commun. Nous
savons que les pratiques internes à une Église ou à une religion, en particulier
lorsque cette dernière est historiquement influente, débordent sur la société où
elles peuvent demeurer intériorisées pour longtemps. Dans le cas du Québec,
l’influence déterminante d’une dénomination chrétienne sur l’héritage social et
culturel ne peut être niée.
C’est
au moyen de dialogues et d’échanges d’idées dans la sphère publique que celles
et ceux qui, à la pointe de la recherche de la juste place des femmes dans leurs
traditions religieuses respectives, trouveront les encouragements et le support
nécessaires au lent et patient travail de transformation de leurs institutions
religieuses pour arriver à respecter et intégrer les valeurs communes de la
société québécoise. Nous souhaiterions que les médias s’astreignent davantage à
mettre à couvrir de tels efforts de transformation, d’ouverture et d’intégration
présents dans chaque religion.
Pour
tendre à plus de justice et d’inclusivité, l’Église Unie a dû mener une longue
et exigeante lutte, requérant de ses membres une volonté d’ouverture et de
transformation. Ainsi, il a fallu douze ans de dialogue et d’éducation dans nos
paroisses au sujet de la sexualité et de l’identité sexuelle, avant que notre
Église soit prête, en 1988, à accepter les gais et les lesbiennes comme membres
à part entière de l’Église, ayant tous les droits y compris celui d’être
ordonné. La charte québécoise des droits prescrit : « toute personne a le droit à la pleine et
entière reconnaissance et exercice de ses droits humains et de ses libertés,
sans distinction, exclusion ou préférence basée sur… l’orientation
sexuelle. » L’égalité des droits des gais, lesbiennes et autres
identités sexuelles gagne de plus en plus la compréhension et l’acceptation de
l’ensemble de la société québécoise. Toutes les traditions religieuses évoluent;
et, faisant partie de la société québécoise, elles sont appelées et tenues de
respecter les droits établis et les valeurs civiles communes. Nous invitons
instamment toutes les religions à réfléchir et dialoguer ensemble afin de
respecter la participation égale et entière des femmes dans la société et la
religion.
Nous
affirmons que chaque tradition religieuse est responsable de choisir les moyens
pour amener ses membres à engager une démarche de compréhension et
d’acceptation, aboutissant à une intégration respectueuse dans la société du
Québec. Il faudra du temps et de la patience pour faire pénétrer les Droits et
Libertés de la Charte à l’intérieur des croyances et des pratiques de tous les
secteurs de notre société. La jeune génération, formée et éduquée dans un milieu
multiculturel et multi religieux, sera certainement notre guide.
Nous
affirmons qu’il ne doit pas y avoir de hiérarchie des droits et des valeurs. Un
« droit » ne peut prétendre «couper» un autre droit. Les libertés et
les droits – que ce soit des individus ou des religions – ne peuvent pas prendre
le pas sur les droits fondamentaux de la société québécoise. Les libertés
individuelles s’exerceront de façon à ne pas empiéter sur les droits
fondamentaux des autres individus ou des autres
collectivités.
Notre compréhension de
l‘interdépendance des droits ( retenant l’image d’une grappe et non d’une
échelle verticale des droits ) nous donne à penser que normalement cette
interdépendance devrait assurer qu’aucun droit ne puisse prendre le pas sur les
autres. Ainsi donc ni le droit de la liberté des religions ne pourrait prendre
le pas sur les droits de la Charte, garantissant notamment l’équité entre Femmes
et Hommes, ni les droits à l’équité ne pourraient suspendre le droits à la
liberté religieuse. Il s’agit donc d’interdépendance des droits dans une
relation mutuellement interprétative et non réductrice.
Nous pensons qu’il serait
utile d’éclairer l’interdépendance des droits dans la Charte des droits et
libertés et comment cette interdépendance peut assurer, notamment, les droits
des Femmes, tout en respectant les libertés religieuses. Cette mise en lumière
par des juristes de droits humains indépendants et d’origines diverses pourrait
être sollicitée par des organismes attachés à défendre les droits et
liberté.
L’art
des
« accommodements raisonnables » doit mener, au moyen d’arrangements
sociaux de gré à gré et de dialogues, à résoudre à l’amiable les conflits crées
par des valeurs religieuses et culturelles. Ainsi, c’est de cette façon qu’une
solution acceptable a été trouvée pour la fenêtre de la salle d’exercice du YMCA
de Montréal. Résoudre de façon légale les inévitables conflits entre droits et
valeurs nous amènerait à une suite interminable d’échanges acides plutôt qu’à
des rencontres productives. De telles rencontres permettent, au sein d’un
processus de résolution amiable, de s’expliquer et d’acquérir une autre
compréhension des différentes valeurs et habitudes culturelles en présence. Ces
rencontres sont le terreau sur lequel pousseront le respect et l’appréciation de
la diversité. Par exemple, la question du port du kirpan dans une école
ontarienne a été résolue grâce à des discussions portant sur les valeurs et les
droits et des étudiants et de l’école. En constatant la nature symbolique du
kirpan, les demandes de chaque partie ont pu être respectées en remplaçant la
lame du poignard par une pièce non tranchante, rivetée dans la gaine et qui donc
ne ressemblait plus à une arme. Le dialogue et des accommodements ont permis de
résoudre ce cas potentiellement venimeux et une nouvelle compréhension en est
résultée.
Il
est suggéré aux municipalités d’identifier des petits groupes de personnes
ressources en relations interculturelles et interreligieuses, lesquelles
pourraient dialoguer et servir de médiateurs en cas de besoin, afin de trouver
des ententes acceptables.
5.
PLACE ET ÉGALITÉ DES RELIGIONS DANS LA SOCIÉTÉ.
En
accord avec nos valeurs historiques protestantes, nous nous sommes clairement
prononcés pour une séparation de l’Église et de l’État. Nous affirmons aussi la neutralité de celui-ci et son
obligation de traiter chaque religion sur un même pied d’égalité et de n’en
privilégier aucune. Il y a encore des progrès à faire dans ce sens, même si la
Révolution tranquille et l’oecuménisme ont fait faire de grands pas en avant au
Québec. Citons ici, comme exemple récent, le sort d’une agente de pastorale
francophone en milieu hospitalier public à Québec. Après une démarche qui a
conduit cette femme à devenir membre de l’Église Unie, elle se vit expulsée des
services de pastorale, malgré un mandat conféré par sa nouvelle Église. Il est
hélas clair que le directeur du service percevait la pastorale comme relevant du
ressort exclusif de sa dénomination dans cet hôpital public. Il a fallu deux ans
d’un processus légal fastidieux pour que la décision soit rescindée. Notons au
passage, qu’il ne fut pas rare que les Protestants francophones, dont la
présence au Québec a souvent été rayée de la mémoire collective, connaissent de
tels refus «d’accommodements raisonnables».
Quant
à la place de la religion dans une société pluraliste, sécularisée et
démocratique, il s’agit bien de dessiner un modèle qui soit propre à la société
Québécoise et qui reflète son évolution historique, sociale et culturelle.
Nous
sommes en faveur d’un modèle de société séculière ouverte, qui ne soit pas
réducteur et n’élimine pas de la sphère publique commune et des institutions
toute forme de signes des diverses cultures religieuses. Nous estimons en effet,
que les cultures religieuses – elles-mêmes en processus de diversification tout
comme la société Québécoise- font partie du patrimoine culturel et de la texture
de la société Québécoise et de ses valeurs humanistes. Nous estimons que, loin
de vouloir oblitérer toute forme de trace de culture ou d’appartenance
religieuse, il est préférable, plus fécond et enrichissant d’apprendre à vivre
avec les différences dans une pluralité respectueuse et ouverte à la fois sur
l’autre et sur le monde. Ainsi, par exemple, la croix du Mont-Royal, la sonnerie
des cloches, l’appel à la prière du muezzin, les tentes du shukot, sont autant d’invitations à la
réflexion, à la rencontre, à l’ouverture et à la prise de conscience de notre
diversité. Il faut cependant aussi éviter avec soin, dans une société
sécularisée, l’envahissement des signes religieux dans l’espace public commun,
afin de respecter également les personnes areligieuses ou athées dont les
convictions et valeurs morales ne procèdent pas de référents religieux. Nous ne
voyons pas là motif à légiférer – sauf en cas d’abus systématique- mais à
poursuivre un dialogue permanent entre tous les citoyens sur l’acceptation de
notre diversité comme société et les manières respectueuse de la
marquer.
Il nous apparaît souhaitable de tracer
des limites à l’identification religieuse dans certaines fonctions de l’appareil
de l’État. Par exemple, le système de justice doit marquer la réalité et
l’apparence d’une neutralité et d’une impartialité radicales de son
fonctionnement pour tous les citoyens et toutes les citoyennes. Il reste à
poursuivre un débat de société accompagné de recherches sérieuses afin de
définir à quelles autres fonctions et professions cette «neutralité radicale»,
de fond comme de forme, doit s’appliquer.
Nous
croyons que la foi et la religion, dont la source est spirituelle, secrètent des
valeurs, des principes éthiques et des comportements concrets qui, loin de se
confiner dans le privé, se transportent et se vivent aussi dans la sphère
publique. Ainsi, récemment, lorsque des moines Bouddhistes sont sortis dans les
rues à Myanmar pour réclamer plus d’espace de droit, de respect d’opinion et de
démocratie - au nom de leurs convictions spirituelles-, il y a eu une vague de
sympathie et de soutien à leur égard, tant au Québec que dans le monde. Personne
– sauf les militaires de Myanmar - n’a semblé mettre en question l’irruption des
moines dans la sphère publique et, somme toute, politique, au nom de leurs
convictions.
Nous
nous distançons de deux conceptions opposées du rôle de la religion dans
l’espace public : une conception qui renverrait le religieux dans la sphère
de l’individu et du privé, et une conception qui légitimerait que la religion
puisse exercer un pouvoir politique et idéologique dominant en se servant des
leviers de l’État. Au cours de la Révolution tranquille et du processus de
déconfessionnalisation et de laïcisation toujours en cours, le Québec a
clairement répudié un modèle religieux dominant, contrôlant et marginalisant
pour d’autres minorités religieuses.
Nous
croyons que les religions, au nom de leurs valeurs et principes humanistes, sont
appelées à contribuer à des débats et des enjeux de société avec toutes les
autres voix de la société. Et ce, non à partir d’une position de domination, de
contrôle idéologique ou social – désormais heureusement dépassés - mais à partir
de valeurs, de perspectives qui visent à servir l’ensemble de la société et
éclairer des débats et des choix dans le cadre d’une culture publique commune,
encore en pleine évolution et construction.
Au
Québec, depuis les trente ou quarante dernières années, l’expérience de
coalitions, formées autour de thèmes de justice, droits humains et défense de
droits sociaux, est un modèle bien implanté auquel participent des voix
religieuses dans l’espace public commun. Ce modèle a fait ses preuves, bien
qu’il demeure relativement peu connu de la population en général. Ces coalitions
sont formées autour de thèmes spécifiques, essentiellement reliés à des
questions de justice (Protection de droits humains dans certains pays,
observation d’élections, solidarité internationale et nationale dans les
secteurs tels que le travail, l’éducation, la santé, le développement
communautaire, les réfugiés, la défense des droits autochtones, les missions de
paix et d’accompagnement dans des zones de conflit, etc.). Ces coalitions
réunissent habituellement des représentants des syndicats, des groupes
communautaires, d’associations écologistes, féministes, des professionnels (tels
avocats et juristes, artistes, journalistes etc...), ainsi que des groupes
religieux, communautés ou églises diverses. Tous les secteurs participants
apportent leur voix, leurs convictions, leur engagement, leur volonté d’agir
ensemble pour changer les choses. Au terme de ces missions, ces coalitions
élaborent un rapport commun que leurs membres présentent non seulement à leurs
propres instances, mais aussi auprès des Gouvernements, députés, instances
politiques et décisionnelles du pays. Ces coalitions sont à la fois basées sur
des convictions communes, mais représentent aussi bien des secteurs séculiers
que religieux qui interviennent ensemble dans le domaine public. Les
participants religieux, au début œcuméniques et chrétiens, puis, au fil des ans,
interreligieux, contribuent par leur voix et leurs actions au sein de l’espace
publique séculier, au même titre que les autres, sans domination ni auto
négation de leur droit et devoir de participation à bâtir – ensemble -
un monde plus juste.
La
longue histoire et l’expérience des aumôneries et service de pastorale offrent
un modèle réussi de présence interreligieuse dans nos institutions publiques et
notre société laïque. Les aumôneries peuvent apporter une présence spirituelle
significative à tous ceux et celles qui ont besoin d’accompagnement et de
réconfort dans des circonstances particulières.
Nos
institutions publiques, hôpitaux, prisons et services correctionnels,
universités, écoles et armée ont peu à peu et soigneusement développé des
directives sur l’intervention des aumôniers et de pastorale en leur milieu. Ces
normes se sont établies à l’aide de dialogues et de respect mutuel, également au
moyen de standards éthiques et professionnels clairs qui s’appliquent à toutes
les religions participantes. Ces normes comprennent en général des exigences
spécifiques de formation, une compétence professionnelle, des normes éthiques
élevées, l’engagement au respect de tous et au service de chacun et de chacune
ainsi qu’une approche strictement non-prosélyte. Lorsque la demande le justifie
et que les normes fixées sont remplies, tout groupe religieux peut participer à
ce travail d’aumônerie et de pastorale. Les groupes religieux qui rejettent ces
normes et ces standards s’excluent d’eux-mêmes de la présence reconnue et
partagée dans ces institutions.
La
diversification de la société québécoise a étendu le travail d’aumônerie et de
service de pastorale qui est devenu un travail inter religieux comprenant des
religieux Juifs, Musulmans, Sikhs, Hindous, Bouddhistes en plus de Chrétiens et
Chrétiennes de diverses dénominations. Cette expérience d’une telle présence
religieuse dans les institutions publiques suggère un modèle valide pour une
société sécularisée ouverte et inclusive. Une telle présence religieuse,
respectueuse et répondant aux besoins spirituels exprimés, devrait être acceptée
et intégrée dans nos institutions publiques, au moyen d’un processus clair de
dialogue et de responsabilisation. Il ne s’agit pas d’un droit acquis, mais
d’une présence possible qui serait évaluée à partir des services et de l’aide
qu’elle offre. C’est au moyen d’expériences significatives semblables que notre
société va progresser dans l’acceptation de la diversité religieuse et
sociale.
En
tant que Québécois placés face à tous ces défis, nous restons positifs parce que
notre foi chrétienne nous parle d’espérance. Nous affirmons que notre foi n’est
pas diminuée quand nos frères et sœurs Juifs, Sikh et Musulmans et autres,
pratiquent leur propre foi. Lorsque nous appliquons tous et toutes de notre
mieux nos valeurs religieuses authentiques, toute la société Québécoise en est
enrichie. Notre identité culturelle n’est pas amoindrie parce qu’une autre
personne vit sa propre culture. Lorsque nous partageons tous et toutes le
meilleur de nos valeurs culturelles, nos existences sont enrichies par cette
diversité et par l’approche de ces différentes perspectives qui, ensemble,
créent quelque chose de neuf, quelque chose de plus intéressant. Quand tous les
enfants de Dieu se rassemblent dans un esprit de coopération, de respect et de
paix, notre monde devient meilleur à vivre.
Comme personnes de foi, nous croyons que
nous appartenons tous et toutes à un seul
corps, et que chaque élément de ce corps a un rôle à jouer. La vie et la santé
du tout dépendent de la merveilleuse diversité de chacune des
parties.
Voilà
notre rêve, ce que nous avons à offrir à la communauté.
Presenté
pour L’Église Unie au Québec par
Consistoire
Laurentien, L’Église Unie
Consistoire
de Montréal, L’Église Unie
Mission
Communautaire de Montréal, L’Église Unie
Maison
Saint Colomba, L’Église Unie
Unité
des Ministères en Français, L’Église Unie
Ce
texte est disponible en anglais également.
umif@egliseunie.org